Alors que lundi 26 janvier se joue à l’Assemblée nationale le vote d’une loi liberticide présentée par la députée Yadan pour poursuivre « les formes renouvelées » de l’antisémitisme suffisamment floue pour criminaliser la critique de la politique génocidaire d’Israël et le soutien aux Palestiniens, le politiste Jérôme Heurtaux a débattu deux heures durant, samedi 24, avec une trentaine de militants des droits humains du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT), dans les locaux de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR).
Le paradoxe du droit international tient en cela que, conçu avec la Convention de 1948 et le tribunal de Nuremberg pour empêcher tout nouveau génocide, il n’en a non seulement empêché aucun mais s’est renforcé et complété de nouvelles normes à chaque nouvelle catastrophe (Rwanda, Srebrenica, Syrie…). Au point que, comme l’explique l’auteur de l’essai brillant mais largement invisibilisé par les médias mainstream Le droit international est-il mort à Gaza ?, « si le monde était pacifié, il n’y aurait nul besoin de droit international ».
À Gaza, 3 à 4 des 5 critères qui définissent le génocide sont à l’œuvre, et l’intention génocidaire est affirmée dans des milliers de déclarations publiques, depuis le président israélien jusqu’au troufion qui s’exprime sur les réseaux, en passant par quasi tous les cadres de la société. Tout est renseigné par les ONG et les institutions internationales, au point qu’on parle même d’ajouter à la définition universelle de génocide de nouvelles normes, comme la notion « d’enfant orphelin rescapé », tant la part des enfants victimes dans la guerre à Gaza explose toutes les proportions des conflits précédents.
L’autre paradoxe tient au fait que, conçu par les puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale — donc largement occidentales —, le droit international est aujourd’hui revendiqué par des États périphériques dominés : c’est l’Afrique du Sud qui accuse Israël de génocide devant la Cour internationale de justice, c’est le Nicaragua qui attaque l’Allemagne pour complicité de génocide devant la CIJ, tandis que la Cour pénale internationale lance un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien, son ministre de la Défense et trois dirigeants du Hamas. Dès lors, les États-Unis de Trump criminalisent les procureurs et juges des cours internationales, comme les groupes de pression pro-israéliens tentent de criminaliser ici, avec la loi Yadan, les critiques d’Israël et les soutiens aux Palestiniens. CQFD.
Question pour un nouveau paradoxe : que peut le droit international contre l’adoption de nouvelles lois visant à le criminaliser ?
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